L’usine Audi de Györ (Hongrie), le 29 mars 2022. L’usine Audi de Györ (Hongrie), le 29 mars 2022.

La ville est l’un des exemples les plus visibles de l’enrichissement observé en Hongrie sous les douze années de gouvernement de Viktor Orban. Le centre-ville, rénové avec soin grâce à des fonds de l’Union européenne, a retrouvé ses couleurs étincelantes de l’époque austro-hongroise. De quoi attirer quelques touristes. Mais c’est surtout la gigantesque usine Audi, qui tourne à plein régime dans les faubourgs, qui fait la fierté des lieux : elle emploie près de 12 000 personnes pour produire les modèles Q3 et TT de la marque allemande vendus ensuite dans toute l’Europe.

Bienvenue à Györ, ville industrielle et prospère de 130 000 habitants, accrochée au Danube, tout au nord-ouest de la Hongrie. Ici, le parti du premier ministre nationaliste, Viktor Orban, le Fidesz, est dans un de ses principaux fiefs. Et même si l’opposition espère décrocher une des deux circonscriptions de la commune lors des législatives organisées dimanche 3 avril, la partie s’annonce difficile, à en croire les travailleurs rencontrés spontanément devant un centre commercial. « Mon salaire vient d’augmenter de 28 000 forints [76 euros], et Orban se bat pour que les prix de l’énergie restent bas », explique volontiers Zoltan Szalontai, facteur de 51 ans et « électeur du Fidesz depuis toujours ».

« Cette année, mes deux enfants ne vont pas payer d’impôt », confirme Zsolt Henardi, pompier de 50 ans. « Et on nous a donné des primes en début d’année. » A l’occasion du scrutin, le gouvernement hongrois a en effet multiplié les cadeaux : blocage des prix de l’essence à 480 forints (1,30 euro) le litre, forte hausse du salaire minimum, exemption d’impôt pour les moins de 25 ans, treizième mois exceptionnel pour les retraités… Tout est bon pour redonner du pouvoir d’achat aux classes moyennes. Lundi 28 mars, Viktor Orban est d’ailleurs venu en ville afin de vanter sa politique économique, résumée ainsi : « Le salaire minimum actuel est au niveau du salaire moyen de 2010. »

Le centre-ville de Györ (Hongrie), le 29 mars 2022. Le centre-ville de Györ (Hongrie), le 29 mars 2022.

« La hausse des salaires est relative »

L’économie est son meilleur argument de campagne. « Depuis 2013, l’emploi ne cesse de progresser. En 2021, nous avons signé pour un montant record de 5,3 milliards d’euros d’investissement étrangers », vante un de ses messages de propagande électorale. La réalité est plus contrastée. En se fondant sur une politique sociale très restrictive (la Hongrie offre seulement trois mois maximum d’indemnité chômage) et une flexibilisation du droit du travail, le pays de 10 millions d’âmes a certes fait progresser fortement son taux d’emploi. « Mais la productivité n’a pas suivi », corrige Gabor Oblath, économiste à l’Institut d’économie de Budapest. Résultat : « La hausse des salaires est relative », estime-t-il. « En se basant sur des indicateurs des comptes nationaux, on est autour de 20 % entre 2010 et 2019. »

Il vous reste 56.43% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.