Au procès des attentats du 13-Novembre, le professeur de maths et la « parcelle d’humanité » du terroriste

Osama Krayem, au procès des attentats du 13-novembre, à Paris, le 13 janvier 2022.

Osama Krayem n’a prononcé qu’un mot, jeudi 13 janvier : « Non ». Le président de la cour d’assise spéciale de Paris venait de lui demander s’il entendait répondre aux questions lors de cette audience consacrée à son premier interrogatoire sur les faits. Non, donc.

Son refus de s’exprimer n’est pas une surprise. Depuis le 25 novembre 2021, cinq accusés du procès des attentats du 13 novembre 2015 ont refusé de comparaître pour protester contre la décision des enquêteurs belges de déposer anonymement par visioconférence depuis Bruxelles. Tous avaient fini par réintégrer le box au fil des semaines, sauf un : Osama Krayem. S’il consent finalement à comparaître pour cet interrogatoire, c’est en tant que simple spectateur à son propre procès.

Une de ses avocates, Me Margaux Durand-Poincloux, avait lu une lettre de l’accusé, le 6 janvier, expliquant les raisons de ce silence : « Dans un premier temps, je souhaitais m’exprimer devant la cour et j’ai essayé de le faire quand ma personnalité a été abordée. Ensuite, j’ai vu comment se déroulaient les débats et j’ai perdu espoir. Je pense que personne n’est ici pour essayer de comprendre ce qu’il s’est passé et avoir des réponses. Je ressens que nous faisons tous semblant et que ce procès est une illusion. Je ne pense plus, aujourd’hui, que m’exprimer sur ce qu’on me reproche change quoi que ce soit à la décision de la cour. J’ai pris la décision de ne plus m’exprimer jusqu’à la fin des débats. »

« Je suis un soldat de Daech »

Le mutisme d’Osama Krayem est d’autant plus contrariant qu’il est l’un des principaux accusés de ce procès. Ce djihadiste suédois est accusé d’avoir projeté un attentat à l’aéroport Schiphol d’Amsterdam (Pays-Bas), le jour des attentats du 13 novembre 2015. Quatre mois plus tard, il avait renoncé à la dernière minute à déclencher sa bombe dans le métro bruxellois, ce qui lui vaudra d’être de nouveau jugé au procès des attentats de Bruxelles. Cet ancien combattant de l’organisation Etat islamique (EI) a par ailleurs été identifié sur une vidéo de propagande insoutenable montrant l’exécution d’un pilote jordanien brûlé vif dans une cage en Syrie, pour laquelle une enquête pour « crime de guerre » a été ouverte en Suède.

« Bon… très bien. Asseyez-vous, Monsieur Krayem », soupire le président. Les cheveux longs tombant sur ses épaules, le regard bas, Osama Krayem se rassoit. Le magistrat entame son interrogatoire à blanc par la lecture des déclarations faites par l’accusé durant l’instruction : « Je suis un soldat de Daech, j’adhère à sa philosophie de manière inconditionnelle » ; « La sanction pour celui qui se moque du prophète est la mort » ; « Si l’islam dit que ça se fait, alors je suis pour, si l’islam dit que ça ne se fait pas, alors je suis contre »… « On aurait aimé vous entendre sur ces questions », lance-t-il, de temps à autre, en direction du box.

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