Covid-19 et « anticorps facilitants » : les vaccins aggravent-ils les infections au coronavirus ?

Virions du SARS-CoV-2 photographiés à l’aide d’un microscope électronique en transmission et recolorisés.

Après la désinformation sur les nanoparticules, sur la mortalité et les effets indésirables, sur les phases d’essai ou le lien avec les AVC, les opposants aux vaccins contre le Covid-19 continuent à diffuser de nouveaux arguments trompeurs.

Le dernier en date concerne un mécanisme immunitaire rare mais déjà observé avec certains vaccins : la facilitation de l’infection par les anticorps. Depuis qu’ils en ont découvert l’existence, des antivaccins affirment que les vaccins contre le Covid-19 non seulement ne protègent pas leurs hôtes, mais aggraveraient leur état de santé, ce qui expliquerait, selon eux, la vague inédite de contaminations en Europe. Mais ces affirmations ne reposent sur aucune observation scientifique.

Que sont les anticorps facilitants ?

Les anticorps facilitants sont des anticorps qui, au lieu de neutraliser le virus, vont faciliter sa réplication et, donc, l’infection de nouvelles cellules. Ils ne sont pas différents des anticorps neutralisants habituellement fabriqués par le système immunitaire humain. Une fois produits par les lymphocytes B, les anticorps vont repérer les coronavirus présents à proximité et s’y lier physiquement, en s’attachant à leur protéine de surface (le spicule, ou la protéine spike). Rien d’anormal, jusque-là. Ces anticorps recrutent alors des cellules immunitaires qui vont venir phagocyter le virus pour le détruire.

Classiquement, les anticorps liés à un virus s’« arriment » à un macrophage via le récepteur (appelé FcγR) de celui-ci, le macrophage « avale » et « digère » le tout (ce sont les phases d’endocytose et de lyse). Mais, dans le cas d’une infection facilitée par les anticorps, au moment de l’endocytose, la liaison chimique neutralisante entre les anticorps et le virion peut se révéler fragile et « casser » ; le virion « s’échappe » alors et peut ensuite infecter le macrophage, dans lequel il se réplique, comme dans un cheval de Troie.

L’infection peut aussi être facilitée par une réaction immunitaire excessive due aux anticorps. En se liant au virus, ceux-ci ont pour fonction de « recruter » des cellules immunitaires, lesquelles viendront détruire le virus. Mais ce recrutement provoque parfois une réaction en chaîne des cellules immunitaires et une inflammation extrême qui va se retourner contre l’organisme. Les pathogènes respiratoires sont souvent à l’origine de cette voie d’activation.

Les facilitations d’infection par anticorps surviennent principalement lors d’une deuxième infection virale, chez des sujets déjà infectés mais qui rencontrent une souche différente du premier virus qu’ils ont croisé. L’exposition à un virus quasi identique mais dont les protéines de surface sont différentes affaiblit la capacité neutralisante des anticorps.

Des cas d’infections postérieures facilitées ont été documentés pour certains coronavirus humains, dont le SARS-CoV-1, le virus responsable de la pandémie de SRAS en 2003. Mais la grande majorité des cas connus concerne le virus de la dengue.

L’exemple du Dengvaxia aux Philippines

Ces infections facilitées peuvent se révéler dangereuses et déséquilibrer la balance bénéfices-risques d’un vaccin au point d’en annuler l’autorisation de mise sur le marché. C’est ce qui s’est passé pour le vaccin contre la dengue (Dengvaxia) développé par Sanofi-Pasteur. Il a été suspendu en décembre 2017 aux Philippines, après que le laboratoire a prévenu le gouvernement que les enfants n’ayant jamais été infectés par la maladie risquaient d’être particulièrement à risque s’ils croisaient le virus après la vaccination, au lieu d’être protégés par celle-ci. Le virus de la dengue a cinq sérotypes différents, et il est courant qu’une seconde infection naturelle par un sérotype différent du premier provoque une infection plus sérieuse en raison d’anticorps trop peu neutralisants. C’est ce mécanisme qui a été observé avec Dengvaxia.

Le bilan de l’affaire n’est pas aisé à établir. Dix-neuf morts de la dengue chez des mineurs vaccinés ont été enregistrés, sans que le lien avec le vaccin ait été médicalement établi. Les autorités philippines, qui ont engagé des poursuites judiciaires contre Sanofi, disent enquêter sur plus de six cents morts que le vaccin aurait directement provoquées. Toutefois, le chiffre, les méthodes et les explications techniques avancés par les autorités n’ont pas convaincu la communauté médicale philippine ni les experts de la dengue.

Occasionnellement, des infections ont été facilitées par des vaccins ciblant d’autres virus :

  • Certains anciens vaccins contre la rougeole utilisant une version inactivée du virus provoquaient parfois une infection plus sérieuse après vaccination. Ils ne sont plus utilisés et ont été remplacés par ceux utilisant une version atténuée mais vivante du virus.
  • Un vaccin développé dans les années 1960 contre le virus respiratoire syncytial, la cause la plus courante d’infection pulmonaire chez les nourrissons, posait les mêmes problèmes avec le virus inactivé. Son développement a été arrêté et n’a jamais abouti.

Les rares facilitations d’infection par anticorps signalées dans l’histoire de la vaccinologie ont le plus souvent été causées par des vaccins à virus inactivés, voire atténués, comme dans le cas de Dengvaxia.

Qu’en est-il pour le Covid-19 et ses vaccins ?

Des infections facilitées ont déjà été suspectées dans certains cas de Covid-19. Des travaux récents d’une équipe chinoise publiés dans la revue Viruses en décembre 2021 ont montré in vitro des traces d’infections facilitées dans des sérums de patients convalescents. Le cas d’un Américain de 25 ans infecté deux fois en deux mois par deux variants du SARS-CoV-2, avec une infection plus sévère la seconde fois, a été décrit en octobre 2020 dans The Lancet. Une charge virale plus élevée ou un virus plus virulent peut expliquer la sévérité clinique de la seconde infection, mais les auteurs n’excluent pas qu’il ait pu s’agir d’une infection facilitée par les anticorps.

Le risque de déclencher des infections facilitées chez les populations vaccinées a été un sujet de discussion dans la communauté scientifique lors de la phase de développement des vaccins actuels, au début de 2020. Les chercheurs ont voulu minimiser les risques en ciblant le plus spécifiquement possible la protéine du spicule du SARS-CoV-2, de manière à ce que l’activité neutralisante des anticorps fabriqués reste suffisante pour éviter les facilitations d’infection. Les données issues des essais cliniques des deux vaccins à ARN messager de Pfizer-BioNTech et de Moderna publiées à l’automne 2020 n’indiquent d’ailleurs aucun cas d’infection facilitée par la vaccination.

Les cas décrits dans la littérature médicale restent très rares, et un tel mécanisme n’a pas été observé dans les infections au SARS-CoV-2 ou parmi la population vaccinée. Une seule publication, datée de septembre 2021, diverge du relatif consensus existant, mais elle ne rapporte que des observations indirectes qui ne prouvent rien et ne convainquent pas la communauté des immunologistes. Elle n’a été reprise par aucune autre étude et n’est citée sur les réseaux sociaux que par les antivaccins.

Si les vaccins contre le Covid-19 ou les contaminations par le SARS-CoV-2 facilitaient et aggravaient des infections ultérieures, la surveillance pharmacologique et la communauté scientifique l’auraient déjà observé et documenté, même à une faible fréquence. Or ce n’est pas le cas. Au contraire, toutes les données accumulées en vie réelle sur les vaccins actuels montrent un important niveau de protection contre les formes graves de la maladie.

En France, les données de la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques, qui croisent les données hospitalières avec celles sur le statut vaccinal, indiquent que les vaccinés sont largement sous-représentés parmi les formes graves : à population égale, ils sont neuf fois moins présents que les non-vaccinés et quatorze fois moins admis en soins critiques que ceux-ci. Les vaccinés avec rappel le sont, eux, encore moins. Ce décalage énorme entre les vaccinés et les non-vaccinés parmi les formes graves ou mortelles du Covid-19 a également été observé aux Etats-Unis dès novembre 2021, mais aussi en Suisse, au Chili, ou en Angleterre.

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