Défense : « Nous réparons et modernisons un modèle qui souffre de vingt-cinq ans de sous-investissement »

Tribune. François Cornut-Gentille, député (LR) de la Haute-Marne, dans une tribune au Monde qui retient l’attention parce qu’elle est signée par l’un des rapporteurs spéciaux du budget de la défense, se rêve en « disrupteur » du modèle d’armée français. Le vouant aux gémonies, il fait une grave erreur d’appréciation dont témoignent ses arguments peu soucieux des faits et ses propositions sans véritable contenu.

Reprenons son raisonnement qui voudrait dénoncer une triple impasse, budgétaire, capacitaire et partenariale.

Impasse budgétaire d’abord. Dénonçons d’emblée cette vision comptable qui, d’un côté, déplore une trajectoire financière de programmation militaire qui serait intenable et, de l’autre, instruit le procès d’un gouvernement qui n’en ferait pas assez. Que croire ?

Je préfère, pour ma part, les actes à la mémoire sélective et aux conjectures compliquées : la majorité actuelle a décidé d’une remontée en puissance historique de nos forces armées, le budget de 2022 étant supérieur de près de 30 % à celui de 2017. Pour la première fois, cette trajectoire a été respectée, année après année, à l’euro près. Et le candidat Emmanuel Macron s’est engagé sur le respect scrupuleux de la trajectoire à venir, telle qu’elle est fixée par la loi de programmation militaire (LPM) jusqu’en 2025 pour atteindre un budget annuel de 50 milliards d’euros.

Tordons au passage le cou au mauvais argument selon lequel la LPM serait mise en danger par un décret d’avance gageant l’effort financier en faveur de nos entreprises fragilisées par la guerre en Ukraine sur des crédits mis en réserves, dont 346 millions d’euros du ministère des armées. Cette opération technique de trésorerie est réalisée dans les contraintes que le Parlement a imposées à l’exécutif avec la loi organique relative aux lois de finances et fera l’objet d’une ratification législative lors de la prochaine loi de finances. Le gouvernement a prévu de rétablir les crédits des armées lors de ce rendez-vous. Qu’aurait-il fallu faire ? M. Cornut-Gentille n’en dit rien : il se donne le temps de réfléchir. Le gouvernement n’attend pas, lui ; il agit en répondant à l’urgence tout en préparant sereinement l’avenir.

Capital opérationnel exceptionnel

Impasse capacitaire ensuite. La tribune que nous contestons dénonce un modèle d’armée complet qui serait « obsolète ». Que le modèle d’armée que nous visons ne soit pas tout à fait complet est une évidence : nous réparons et modernisons un modèle qui souffre de vingt-cinq ans de sous-investissement et des restructurations « à la hache » que M. Cornut-Gentille a soutenues.

Il vous reste 63.18% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.