En Allemagne, Gerhard Schröder privé de bureau au Bundestag

Gerhard Schröder est de plus en plus seul. En l’espace de quelques heures, jeudi 19 mai, l’ancien chancelier social-démocrate allemand a été privé de son bureau au Bundestag, à Berlin, et s’est vu menacer de sanctions par le Parlement européen, à Bruxelles. En cause : son refus d’abandonner les fonctions qu’il occupe dans plusieurs groupes énergétiques russes, malgré la guerre menée en Ukraine par Vladimir Poutine.

A Berlin, le coup est venu de la commission du budget du Bundestag. Sur proposition, la coalition au pouvoir – dirigée par le Parti social-démocrate (SPD) – a décidé que M. Schröder n’aurait plus droit au bureau que l’Etat fédéral lui alloue, depuis son départ du pouvoir, en 2005. Concrètement, cela prive l’ancien chancelier de l’enveloppe annuelle d’environ 400 000 euros qu’il utilisait pour rémunérer ses collaborateurs. En réalité, il n’est pas sûr que cette somme aurait été dépensée cette année. Début mars, quelques jours après l’invasion de l’Ukraine, les quatre collaborateurs de M. Schröder – dont son chef de cabinet, à ses côtés depuis plus de vingt ans – avaient en effet décidé de quitter leur patron.

Pour M. Schröder, la sanction aurait toutefois pu être plus sévère. Les députés conservateurs (CDU-CSU) souhaitaient en effet que lui soit également retirée sa retraite d’ancien chancelier. Mais les élus de la majorité n’ont pas souhaité aller aussi loin, estimant qu’une telle décision risquait d’être jugée anticonstitutionnelle. M. Schröder continuera donc de toucher sa pension d’environ 7 000 euros par mois et de disposer d’une protection policière.

Olaf Scholz plus réservé

Au sein du gouvernement, le premier à réagir a été le ministre des finances, Christian Lindner. « C’est une bonne chose ! Un ancien chancelier qui fait ouvertement du lobbying pour le régime criminel de Poutine ne devrait pas se voir offrir un bureau par les contribuables », s’est félicité le président du Parti libéral-démocrate (FDP), sur Twitter, quelques minutes après le vote de la commission du budget.

Olaf Scholz a quant à lui attendu que la question lui soit posée, en fin de journée, pour réagir. Et ses mots ont été beaucoup plus sobres : « La décision qui a été prise concernant l’ancien chancelier est logique », s’est contenté de répondre l’actuel chef du gouvernement, depuis La Haye, à une question posée pendant une conférence de presse conjointe avec son homologue néerlandais, Mark Rutte.

En revanche, M. Scholz s’est montré beaucoup plus réservé sur la résolution, votée par les eurodéputés, jeudi 19 mai, demandant d’ajouter à la liste des sanctions « les membres européens des conseils d’administration des grandes entreprises russes et les hommes politiques qui continuent à recevoir des fonds russes ». « La décision [du Bundestag] était nécessaire. Qu’il faille aller plus loin, je ne pense pas que ce soit indispensable », a déclaré le chancelier allemand, ajoutant que « le mieux serait que Gerhard Schröder quitte les postes qu’il occupe. »

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