En Allemagne, le ministre des finances annonce un « tournant » de la politique budgétaire

Christian Lindner, à Berlin (Allemagne), le 11 mai 2022. Christian Lindner, à Berlin (Allemagne), le 11 mai 2022.

La question montait dans les milieux économiques allemands, alors que le gouvernement a multiplié ces derniers mois les dépenses exceptionnelles financées par l’emprunt : le ministre des finances, Christian Lindner, chef du Parti libéral-démocrate (FDP), réputé « faucon » de la politique budgétaire, aurait-il perdu ses serres ?

La mise au point a été donnée mercredi 11 mai : dans un document stratégique, le ministre a affirmé son intention refaire de la réduction de l’endettement et de la lutte contre l’inflation ses priorités, après une période jugée « très expansive ». « 2023 marque le début d’une nouvelle phase de la politique budgétaire », a-t-il déclaré.

L’heure est donc à un retour aux règles strictes d’endettement public, alors même que le ministère des finances table sur des recettes fiscales bien plus confortables qu’anticipé au mois de novembre 2021 : 40 milliards d’euros supplémentaires cette année et 220 milliards d’euros d’ici à 2026, selon une estimation publiée jeudi 12 mai.

« Grande incertitude »

Pour Christian Lindner, cette pluie inattendue de recettes fiscales n’est pas une excuse pour reporter le correctif budgétaire. « L’estimation fiscale actuelle intervient dans une période de grande incertitude », a-t-il déclaré jeudi. La veille, il avait dressé un constat similaire : « La guerre en Ukraine marque un tournant dans beaucoup de domaines de la politique allemande. » Outre l’inflexion en matière de sécurité, l’Allemagne a amorcé un coûteux sevrage de sa dépendance aux hydrocarbures russes. Parallèlement, son économie est très touchée par les mesures contre le Covid-19 imposées en Chine et par les perturbations géopolitiques, qui affectent les échanges internationaux et les chaînes d’approvisionnement. Tout cela pèse sur la croissance, en berne, tandis que l’inflation se maintient à un niveau élevé.

Le risque d’une « ère de stagflation » est réel, a résumé M. Lindner. La situation justifie selon lui une « rupture pour la politique économique, financière et budgétaire de l’Allemagne ». La nouvelle stratégie qu’il défend, appelée « politique budgétaire dans le changement d’époque » est une référence directe au discours du chancelier Olaf Scholz, prononcé quelques jours après l’agression russe en Ukraine. En fait de « rupture », elle constitue surtout une volonté de revenir à la tradition ordolibérale allemande. Le texte proposé par le ministre a été influencé par l’économiste Lars Feld, célèbre partisan de cette école libérale, également présent mercredi lors de la présentation du document. Sans surprise, il préconise, « une fois que la crise sera stabilisée », un « retour à la normale » dans les finances publiques et la constitution de « réserves de sécurité, » face au défi de la remontée des taux d’intérêt et du vieillissement de la population.

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