En Pologne, l’arrivée des réfugiés ukrainiens fait flamber les loyers

En Pologne, sur les pages d’aide aux réfugiés ukrainiens fourmillant sur Facebook, les bouteilles à la mer se multiplient pour tenter de trouver à se loger dans les grandes villes, alors que les solutions offertes par les internautes semblent se tarir. Parmi les 3 millions d’Ukrainiens qui ont transité par la Pologne depuis le début de l’offensive russe, plus de la moitié d’entre eux se sont installés dans le pays. Ce sont surtout des femmes avec enfants – parfois des familles élargies.

La population de Varsovie a ainsi augmenté de 15 % depuis le 24 février. Deux autres grandes villes polonaises plus à l’ouest, Cracovie et Wroclaw, sont aussi particulièrement recherchées par celles et ceux qui fuient les bombes. Au point que le marché de la location y est proche de la saturation. « L’offre est très limitée. Et les prix des locations ont augmenté de 20 %. Avant la guerre, on pouvait trouver un deux-pièces à Varsovie pour environ 2 000 zlotys en moyenne [431 euros], désormais il faut plutôt en compter 3 000 » , affirme Beata Karwowska, agente immobilière à Varsovie pour le réseau d’agences Bracia Strzelczyk, l’un des leadeurs du marché en Pologne.

« Ce sont les appartements de toute sorte qui disparaissent rapidement, même si la préférence va aux deux-pièces. Il y a beaucoup plus de demandes que d’offres », résume la professionnelle. Même constat auprès de Metrohouse, un autre réseau d’agences immobilières implanté en Pologne. « Les appartements disparaissent le jour même, abonde Marcin Janczuk, son directeur du marketing. C’est la première fois que la Pologne a affaire à un tel afflux de personnes et que les prix augmentent d’autant. »

Impact sur le marché du neuf

Autre facteur qui explique un tarissement si rapide des offres : le marché locatif est essentiellement le fait de particuliers qui possèdent un ou deux appartements, 85,6 % des Polonais étant propriétaires de leur logement, selon une étude Eurostat de 2020. « L’immobilier est considéré comme quelque chose de sûr, parfois même plus que l’or ! Les citadins s’assurent ainsi leur retraite, car ils sont persuadés qu’il leur faudra un revenu complémentaire », explique Cezary Grabowski, directeur des ventes et du marketing à Bouygues Immobilier Pologne.

« La Pologne étant un pays postcommuniste, il n’y a pas cette tradition de fonds d’investissement disposant d’immeubles entiers à louer. De plus, on estime qu’en Pologne il manque 2 millions d’appartements sur le marché. Tout ceci explique qu’au bout de quelques jours il ne restait déjà presque plus de biens à louer et que les prix aient flambé », continue Marcin Janczuk, pour qui les loyers pourraient bien continuer à grimper même en cas d’arrêt des hostilités en Ukraine.

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