Lyon, le 29 mars 2022. Bagages qu’Irina a pu emmener avec elle quand elle a fuit la guerre en Ukraine. Elle est hébergée depuis le 15 mars chez son employeur, Wael Amr, dirigeant de la société Frogwares. Lyon, le 29 mars 2022. Bagages qu’Irina a pu emmener avec elle quand elle a fuit la guerre en Ukraine. Elle est hébergée depuis le 15 mars chez son employeur, Wael Amr, dirigeant de la société Frogwares.

Créer des jeux vidéo pourrait sembler dérisoire en temps de guerre. Mais pour beaucoup d’Ukrainiens de ce secteur, c’est une façon de résister. « Travailler est pour nous un moyen d’aller de l’avant », confie Irina, rencontrée le 21 mars à Lyon, où elle est arrivée quelques jours plus tôt en compagnie de son perroquet jaune. Que ce soit à Kiev, quand les bombes tombaient près de son appartement, où lors des journées éreintantes passées dans des bus à voyager vers la Pologne puis la France, où elle vit désormais dans l’angoisse pour ses proches restés sur place, la responsable des ventes du studio Frogwares raconte n’avoir jamais totalement cessé son activité.

La jeune femme de 35 ans a ainsi été la cheville ouvrière de la mise en ligne le 24 mars d’une extension pour le jeu vidéo Sherlock Holmes : Chapter One (2021) et du lancement des préventes sur la console Nintendo Switch d’un titre précédent, Sherlock Holmes : The Devil’s Daughter (2016). Une date qui n’a pas été choisie au hasard : exactement un mois plus tôt débutait l’invasion russe. « Aujourd’hui, plus que jamais, nous devons garder notre studio vivant et fonctionnel », a écrit ce jour-là Frogwares sur les réseaux sociaux.

Une façon pour cette structure, qui compte un peu moins d’une centaine de salariés, de montrer qu’elle tient bon. Irina s’estime « chanceuse » de pouvoir travailler à distance, grâce à un ordinateur et une connexion Internet. Avec le conflit, une grande partie de ses concitoyens a été privée de métier.

Ce cacatoès s’appelle Blinchik, ce qui veut dire « crêpe » en russe. Le timide volatile a accompagné Irina durant son voyage entre Kiev et Lyon. Ce cacatoès s’appelle Blinchik, ce qui veut dire « crêpe » en russe. Le timide volatile a accompagné Irina durant son voyage entre Kiev et Lyon.

Canaux d’entraide

L’industrie vidéoludique est dynamique en Ukraine. Des formations réputées dans l’informatique et les disciplines artistiques, une proximité géographique ainsi que des salaires plus bas qu’en Europe de l’Ouest ont contribué à en faire une zone stratégique du secteur. Les studios d’Ubisoft de Kiev et d’Odessa comptent par exemple un millier de collaborateurs. Gameloft, fleuron français du jeu mobile, emploie plus de 600 personnes, qui étaient installées à Lviv et Kharkiv. Et au-delà des géants du jeu vidéo, une myriade de créateurs indépendants de taille plus réduite s’y épanouissent, comme Frogwares, fondé en 2000 par des Français.

Désertés depuis le déclenchement de la guerre, les studios se sont recomposés à distance. Les plates-formes de communication internes et les applications de messagerie, comme Telegram, servent de lieux d’entraide, explique Gilles Langourieux, PDG de Virtuos, une société de prestation installée à Singapour et qui fait de la sous-traitance pour les grands studios au travers de ses différentes entités. Parmi elles, le studio Volmi Games, à Kiev, racheté en janvier 2022 et qui compte 140 personnes : « Nous avons retrouvé des réflexes qu’on avait pris avec le Covid-19, dès les premiers confinements. On essaye, plusieurs fois par semaine, de s’assurer que les gens répondent toujours et de savoir comment ils se sentent », détaille ce Français.

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