Guerre en Ukraine : « On pourrait qualifier la diplomatie du Saint-Siège de “pastorale humanitaire” »

La position du pape François sur la guerre en Ukraine ne se laisse pas facilement interpréter. D’un côté, il affiche son soutien à une « Ukraine martyrisée », victime d’un « acte barbare et sacrilège », de l’autre, il dénonce les « aboiements de l’OTAN » à la frontière russe et refuse de désigner clairement un agresseur. François Mabille est directeur de l’Observatoire géopolitique du religieux de l’Institut de relations internationales et stratégiques. Il a dirigé l’ouvrage La Longue Transition du catholicisme. Gouvernementalité et influence (Editions du Cygne, 2014) et est l’auteur des Catholiques et la Paix au temps de la guerre froide (L’Harmattan, 2004).

Comment qualifieriez-vous la position du pape depuis le début du conflit ?

Je dirais prioritairement pacifiste. Pendant longtemps, le pape se disait hostile à tout emploi des armes (que ce soit du côté ukrainien ou du côté russe), dans le droit fil de son encyclique Fratelli tutti (2020). Le paragraphe 258 questionne de manière critique la notion même de « guerre juste », en estimant que la « guerre juste » ou la légitime défense des forces armées ne sont plus possibles en raison de la nature des armes.

En outre, la position du pape est ordonnée autour des intérêts du Saint-Siège. Bien sûr, il y a la volonté de parvenir à la paix. Mais il existe aussi le souhait d’entretenir de bonnes relations avec le Kremlin en vue, par exemple, d’un éventuel voyage pontifical en Russie, et de maintenir, de surcroît, des relations satisfaisantes avec le patriarche de Moscou, Kirill. La position du pape me semble directement liée à cet enjeu majeur pour la politique du Saint-Siège.

Cette position est évolutive, si l’on regarde les dernières semaines. Je pense notamment à l’une des déclarations récentes de Mgr Gallagher, le secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les Etats, qui a déclaré mi-mai à la télévision italienne que « l’Ukraine a le droit de se défendre et a besoin d’armes pour le faire », alors que le Vatican refusait de cautionner les livraisons d’armes en Ukraine. Il y a, là, une évolution. Mais on se situe quand même deux mois après le début du conflit.

Les toutes premières déclarations étaient extrêmement floues. Par exemple, lorsque le pape, début avril, dénonce le nationalisme, cela peut être perçu, côté russe, comme une désignation du nationalisme ukrainien. Peut-être n’était-ce pas la volonté du pape. Mais le caractère trop vague du discours permettait ce genre d’interprétation et a été critiqué par de nombreux Ukrainiens.

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