Chronique. Au moins, les choses sont claires. A son tour, le chancelier autrichien, Karl Nehammer, a fait le voyage à Moscou, lundi 11 avril, dans l’espoir que, représentant un pays non membre de l’OTAN, il pourrait arracher quelque chose, un cessez-le-feu, une concession peut-être, à Vladimir Poutine dans sa guerre contre l’Ukraine. Lui aussi s’est cassé les dents. Cela « n’a pas été une visite amicale », a-t-il reconnu sur le chemin du retour. Cet entretien, « dur », avec un président russe « massivement pénétré d’une logique de guerre » l’a rendu « plutôt pessimiste ».

Il y a de quoi. Les crimes de guerre commis par l’armée russe dans les environs de Kiev ont marqué un tournant. Même le président Emmanuel Macron, adepte du maintien du fil du dialogue avec M. Poutine envers et contre tout, ne lui a plus parlé depuis le 29 mars. Mais surtout, sept semaines après son déclenchement, la guerre russe en Ukraine est entrée dans une nouvelle phase, militaire, idéologique et géopolitique. Et l’acte II de ce drame européen s’annonce plus dur encore.

Nouvelle phase militaire

Après l’échec du scénario initial de l’opération éclair, qui visait à renverser le pouvoir à Kiev et à prendre le contrôle du pays, Moscou a modifié sa stratégie. Les forces russes qui devaient prendre Kiev, mises en échec par la résistance ukrainienne, se sont repliées. Le Kremlin veut éviter l’enlisement dans une guérilla sur un territoire trop vaste et rebelle.

L’action est à présent concentrée sur l’Est et le Sud-Est, plus proches des bases de Russie. Pilonnée depuis des semaines, Marioupol est sur le point de tomber. L’armée russe prépare une offensive sur l’ensemble du Donbass ; elle va y affronter les troupes ukrainiennes les plus aguerries et les mieux équipées. Vladimir Poutine, expliquent ses thuriféraires à Moscou, a besoin d’une victoire pour sa parade du 9 mai, célébration traditionnellement grandiose de la victoire de la « grande guerre patriotique » : un trophée ukrainien de « l’opération militaire spéciale » arriverait à point nommé. Mardi, le président russe a estimé que les négociations avec l’Ukraine étaient « dans l’impasse » ; « l’opération sera donc menée à son terme ».

Nouvelle phase idéologique

De Moscou émanent ces dernières semaines des textes et interviews de plus en plus enflammés sur les raisons de l’opération russe. On exhume un livre prémonitoire de 2006, Le Troisième Empire. La Russie comme elle devrait être (non traduit), écrit par Mikhaïl Iouriev, ancien vice-président de la Douma disparu en 2019, qui décrit avec une étonnante précision la guerre de Géorgie en 2008, l’annexion de la Crimée et l’occupation de Donetsk et de Louhansk en 2014, puis l’invasion actuelle de l’Ukraine. L’ouvrage, notent ceux qui l’ont lu et commenté, est un modèle de « médiévalisme postsoviétique, une idéologie anti-occidentale et antidémocratique qui assigne à la “civilisation orthodoxe russe” un rôle dominant sur l’Europe et les Etats-Unis ».

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