La poitrine de Douniacha, heurs et malheurs de la robotique russe

Pause selfies avec Douniacha, un robot créé par l’entreprise russe Promobot, au Forum économique international de Saint-Pétersbourg (Russie), le 16 juin 2022. Pause selfies avec Douniacha, un robot créé par l’entreprise russe Promobot, au Forum économique international de Saint-Pétersbourg (Russie), le 16 juin 2022.

LETTRE DE MOSCOU

A Saint-Pétersbourg, en cette mi-juin, il n’y en avait que pour elle : Douniacha, sa robe rose à pois et sa voix légèrement saccadée, Douniacha et son « café à l’arôme légendaire »… En l’absence d’hôtes de marque, isolement international de la Russie oblige, c’est elle, Douniacha, qui a été la principale vedette du 25e Forum économique de Saint-Pétersbourg, le Davos russe.

Les télévisions russes, enamourées, lui ont consacré moult reportages : Douniacha, le robot qui sert café et glaces aux visiteurs du forum, placé à l’entrée de l’événement, comme un pied-de nez à ceux qui annoncent le déclin technologique de la Russie. Car l’enjeu est important : du fait des sanctions internationales adoptées en réponse au conflit en Ukraine, la Russie a subi une coupure brutale et inédite des circuits de la mondialisation. Privée de nombreux composants étrangers, son industrie est menacée, et en particulier l’industrie de pointe. Celle des robots, par exemple.

La Russie est, dans ce domaine, dans une situation déjà paradoxale. Son économie est très faiblement robotisée – six robots pour 10 000 employés, contre 114 en moyenne dans l’Union européenne. Cet état de fait s’explique principalement par le faible coût de la main-d’œuvre, mais aussi par un environnement politique et juridique qui ne favorise guère l’investissment à long terme.

Sur le modèle de Miss Perm 2014

Cela n’empêche pas le pays de disposer de quelques entreprises performantes, dont le champion incontesté, Yandex, qui a développé livreurs et taxis intelligents. Ces entreprises ont depuis longtemps pour tradition de mettre en avant, plus que leur production de robots industriels peu glamour, des têtes d’affiche spectaculaires.

C’est précisément le rôle qui a été dévolu à Douniacha (« Dunyasha » dans sa version anglophone), création de la firme Promobot, installée à Perm. En réalité, le robot ne sert pas lui-même glaces et cafés, laissant ce travail ingrat à un bras articulé. Douniacha, capable de distinguer hommes et femmes, d’établir un contact visuel et de modifier les traits de son visage, se contente de faire la conversation, lançant compliments mièvres et informations standards de sa voix heurtée, ou de danser – des tâches que son ancêtre hongkongaise Sofia accomplissait déjà en 2016, le tout en marchant, ce que Douniacha ne sait pas faire.

Tout ou presque pour l’apparence, donc. Et là, les concepteurs en ont peut-être un peu trop fait. Outre l’accoutrement de Douniacha, soviétique jusqu’au bout des ongles, les visiteurs n’ont pas manqué de remarquer la poitrine impressionnante du robot. Une visiteuse n’a pu s’empêcher, d’ailleurs, de s’emparer de ladite poitrine, suscitant une polémique plus passionnée que celle suscitée par la venue d’une délégation talibane, organisation considérée comme terroriste par Moscou.

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