Saad Sherida Al-Kaabi (en blanc), ministre d’Etat aux affaires énergétiques et président-directeur général de QatarEnergy avec, à son côté, Patrick Pouyanné, de TotalEnergie, et Anders Opedal, président-directeur général de Equinor. Au Forum de Doha, le 26 mars 2022. Saad Sherida Al-Kaabi (en blanc), ministre d’Etat aux affaires énergétiques et président-directeur général de QatarEnergy avec, à son côté, Patrick Pouyanné, de TotalEnergie, et Anders Opedal, président-directeur général de Equinor. Au Forum de Doha, le 26 mars 2022.

Le ministre des affaires étrangères italien, le 5 mars, le ministre de l’économie allemand, le 20 mars, le chef de la diplomatie française, le 28 mars : depuis le début de la guerre en Ukraine, à la fin février, les hauts responsables européens défilent à Doha. La perspective d’un arrêt des achats de gaz russe par les Etats européens a propulsé l’émirat, troisième plus gros exportateur d’or bleu de la planète, au cœur de grandes manœuvres géopolitiques visant à trouver une alternative à ces importations.

La Commission européenne cherche à diminuer des deux tiers la dépendance des Vingt-Sept au gaz russe et à s’en affranchir complètement « bien avant 2030 », grâce à des obligations de remplissage des réserves, des économies d’énergie, des achats groupés de gaz et une diversification des fournisseurs.

Lorsque, le 25 mars, le président américain, Joe Biden, a dévoilé un plan visant à fournir à l’Europe 15 milliards de mètres cubes supplémentaires de gaz naturel liquéfié (GNL) en 2022, « en coopération avec des partenaires internationaux », les regards sur le Vieux Continent se sont spontanément tournés vers la cité-Etat de la péninsule Arabique. Fidèle allié de Washington et deuxième plus gros transporteur de gaz par méthanier du monde derrière l’Australie, le Qatar paraît idéalement placé, sur le papier, pour subvenir aux besoins des Européens.

Profil bas

Dans la réalité, les choses sont beaucoup plus compliquées. Samedi 26 mars, à la tribune du Forum de Doha, conférence de haut vol organisée dans la principauté, le ministre de l’énergie qatari, Saad Al-Kaabi, a reconnu qu’il n’avait pas de remède miracle aux nouvelles angoisses énergétiques de l’UE. « Dans l’immédiat, je ne pense pas que nous pouvons aider, a-t-il déclaré. Personne ne peut remplacer le gaz russe du jour au lendemain. Cela demande du temps. »

Près de 90 % de la production de GNL du Qatar est exportée dans le cadre de contrats de longue durée, quasiment impossible à résilier, principalement vers l’Asie. Huit pays de ce continent (Corée du Sud, Chine, Inde, Japon, Pakistan, Taïwan, Bangladesh, Thaïlande) absorbent 77 % des exportations de gaz liquéfié qataries. « Il ne nous est pas possible de détourner des cargaisons vers l’Europe, assure Saad Al-Kaabi. En vingt-six années d’activité, nous n’avons jamais fait défaut sur un seul contrat. Il suffit de ne pas en honorer un pour ternir votre réputation. »

Le très opulent émirat, à la tête des troisièmes réserves de gaz les plus importantes du monde, ne peut-il vraiment rien faire ? Dans leur communication sur ce sujet hautement sensible, les autorités qataries font délibérément profil bas, de peur de braquer Moscou. Doha, qui se veut officiellement neutre dans le conflit en Ukraine mais dont les préférences pro-Kiev ne font aucun mystère – l’intervention du président Zelensky, par vidéo, en ouverture du Forum de Doha en a témoigné –, a besoin de ne pas apparaître comme l’allié des sanctions européennes. Le diplomate en chef de la presqu’île, Mohammed Ben Abderrahmane Al Thani, s’est rendu dans la capitale russe à la mi-mars, où il a rencontré son homologue, Sergueï Lavrov.

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