Le dépôt de gaz naturel Astora (groupe Gazprom Germania), plus grand stockage de gaz naturel d’Europe occidentale, à Rehden (Allemagne), le 16 mars 2022. Le dépôt de gaz naturel Astora (groupe Gazprom Germania), plus grand stockage de gaz naturel d’Europe occidentale, à Rehden (Allemagne), le 16 mars 2022.

L’Europe retient son souffle, le Kremlin va-t-il couper l’approvisionnement de gaz après la date limite fixée au 31 mars par le chef de l’Etat russe, Vladimir Poutine, pour acquitter le précieux combustible en roubles ? Plusieurs pays de l’Union européenne (UE) anticipent déjà de sérieuses pénuries. Mercredi 30 mars, l’Autriche et l’Allemagne ont déclenché leur plan d’urgence. Pour Vienne, l’idée est de « garantir une réaction rapide » en cas d’arrêt des livraisons, selon le chancelier, Karl Nehammer. A Berlin, le premier palier du plan d’urgence que vient d’activer le pays prévoit la mise en place d’une cellule de crise. Autour de la table : membres du ministère de l’économie allemand, représentants de l’autorité de régulation, gestionnaires du réseau de transport, ainsi que le secteur privé, afin de coordonner approvisionnements et réserves.

Dans l’immédiat, cependant, la première économie de l’Europe n’a constaté aucun problème de ravitaillement, précise-t-on au gouvernement allemand. Mais la dépendance du Vieux Continent aux livraisons russes inquiète : environ 40 % de sa consommation gazière provient des champs russes, un pourcentage qui monte à 55 % pour l’Allemagne.

Si l’Europe espère s’affranchir des hydrocarbures russes d’ici à 2027, elle apporte, pour l’heure, une rente considérable à la Russie. Depuis le 24 février, l’UE a déjà versé au moins 14 milliards d’euros pour du gaz et 7 milliards pour du pétrole russe, selon le décompte d’un cercle de réflexion, le Centre for Research on Energy and Clean Air, au 31 mars.

Quid de la monnaie de paiement ?

D’où l’importance de la question suivante, et l’ampleur du flou actuel : les sociétés importatrices pourront-elles, comme elles l’entendent, poursuivre le paiement de leurs contrats en cours en euros ou en dollars ? Ou bien seront-elles dorénavant contraintes de s’en acquitter en monnaie russe, comme M. Poutine l’exige ? Le paiement obligatoire en roubles s’appliquerait à une liste de quarante-huit pays, parmi lesquels ceux de l’UE. Quarante-huit pays considérés par le Kremlin comme hostiles, c’est-à-dire opposés à la guerre de la Russie en Ukraine.

Cette contre-sanction répondrait au gel des avoirs russes en Europe, aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni. Mais son application, visant à soutenir le rouble, demeure floue. Après en avoir annoncé le principe, le 23 mars, Vladimir Poutine a chargé la banque centrale russe et l’énergéticien Gazprom d’étudier les modalités d’une telle mesure. Le rapport devait être rendu jeudi 31 mars.

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