Novak Djokovic placé de nouveau en rétention en Australie, en attendant une décision de justice sur son sort

Novak Djokovic à l’entraînement, le 12 janvier 2022, à Melbourne.

Le dénouement du feuilleton Novak Djokovic en Australie se rapproche. Dans l’attente d’une décision de justice sur son cas, le numéro un mondial du tennis, qui n’est pas vacciné contre le Covid-19 et dont le visa a été annulé une seconde fois, a été renvoyé en rétention administrative dans un centre de Melbourne, samedi 15 janvier.

Des audiences en référé sont prévues samedi et dimanche devant une cour fédérale, et les autorités ont fait savoir, vendredi soir, qu’elles n’expulseraient pas le tennisman d’Australie avant que les juges se soient prononcés. Le joueur n’est autorisé à quitter le centre de rétention que pour suivre, en ligne, les audiences judiciaires le concernant depuis les bureaux de ses avocats, et sous la surveillance d’agents de la police aux frontières.

C’est la deuxième fois que le gouvernement australien tente d’expulser Djokovic du pays. Le joueur, vaccinosceptique, avait été bloqué à son arrivée en Australie, le 5 janvier, et placé une première fois en rétention administrative. Il espérait bénéficier d’une exemption pour entrer dans le pays sans être vacciné, après avoir contracté le virus en décembre, mais les autorités n’ont pas accepté cette explication.

Djokovic a admis avoir rempli incorrectement sa déclaration d’entrée en Australie, et n’avoir pas respecté les règles d’isolement après avoir été testé positif. Le champion, vu en Serbie et en Espagne dans les deux semaines précédant son arrivée, contrairement à ce qu’il a déclaré dans le formulaire d’immigration à son arrivée, a plaidé « l’erreur humaine ».

Samedi, le tennisman espagnol Rafael Nadal s’en est pris à son rival, estimant que « l’Open d’Australie est bien plus important que n’importe quel joueur », tout en disant ne pas être « d’accord avec beaucoup de choses qu’il a faites ces deux dernières semaines ».

La crainte d’encourager un sentiment antivaccination

La passe d’armes entre Djokovic et l’Australie a déplacé l’actualité du tournoi sur le terrain politique. Le gouvernement australien a subi un humiliant revers le 10 janvier quand un juge a bloqué l’expulsion de Djokovic, rétabli son visa et ordonné sa libération immédiate. Le Serbe a alors pu reprendre son entraînement en vue de sa participation à l’Open d’Australie. Finalement, le ministre de l’immigration, Alex Hawke, faisant usage de son pouvoir discrétionnaire en la matière, a annulé une nouvelle fois le visa de Djokovic, vendredi, « sur des bases sanitaires et d’ordre public », une mesure difficile à contester en justice.

Dans ses conclusions déposées samedi devant la cour, le ministre a soutenu que la présence de Novak Djokovic dans le pays « est susceptible de représenter un risque sanitaire pour la communauté australienne », car elle encourage, selon lui, le sentiment antivaccination et pourrait dissuader les Australiens de se faire injecter leurs doses de rappel alors que le variant Omicron continue à se répandre à grande vitesse.

Tout en admettant que le risque pour que Djokovic contamine lui-même des Australiens est « négligeable », le ministre a estimé que son « mépris » passé pour les règles sanitaires contre le Covid-19 constitue un mauvais exemple, et donc un risque pour la santé publique. Le ministre « ne cite aucune preuve » à l’appui de ses arguments, ont rétorqué les avocats du joueur.

Le tournoi débute lundi

Le joueur de 34 ans vise un 10e titre à l’Open d’Australie, qui démarre lundi, et une 21e victoire en Grand Chelem, ce qui serait un record. Il est censé affronter au premier tour son compatriote Miomir Kecmanovic. L’annulation de son visa, si elle est confirmée par la justice, implique que Djokovic sera interdit d’entrée dans le pays pendant trois ans, sauf circonstances exceptionnelles.

Ce feuilleton à rebondissements autour du champion de tennis se déroule dans un pays dont les habitants ont enduré pendant près de deux ans des restrictions anti-Covid parmi les plus strictes au monde, et où des élections sont prévues d’ici à mai. La pression s’est intensifiée autour du premier ministre conservateur, Scott Morrison, accusé d’« incompétence » par l’opposition travailliste.

La saga est aussi suivie assidûment en Serbie, où des responsables politiques érigent la star en héros national. Vendredi, le président du pays, Aleksandar Vucic, a de nouveau apporté son soutien au joueur, accusant l’Australie de « maltraiter » ce dernier.

Le Monde avec AFP

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