Résultats de l’élection présidentielle 2022 : soulagement teinté d’inquiétude à Bruxelles

A Bruxelles, le drapeau de l’Union européenne flotte sur le bâtiment Justus Lipsius, siège du Conseil de l’Union européenne, dont la France assure la présidence tournante depuis le 1er janvier 2022.  A Bruxelles, le drapeau de l’Union européenne flotte sur le bâtiment Justus Lipsius, siège du Conseil de l’Union européenne, dont la France assure la présidence tournante depuis le 1er janvier 2022.

« J’espère que je me trompe. » Depuis quelques jours, dans les couloirs des institutions européennes, ces mots ponctuaient les conversations alarmistes autour du scénario qui verrait la France, pays fondateur et moteur de l’Union européenne (UE), tomber aux mains de l’extrême droite eurosceptique de Marine Le Pen. Les résultats sortis des urnes dimanche 10 avril ont apaisé, sans dissiper, l’inquiétude qui avait subitement gagné la « bulle européenne » après la publication des derniers sondages, où Emmanuel Macron était donné au coude-à-coude avec Mme Le Pen.

« C’est un soulagement », réagit un diplomate, même s’il ne pouvait « pas imaginer que la France place en tête une alliée du président russe, Vladimir Poutine ». Un autre s’étonne de voir que les affinités de Mme Le Pen avec le Kremlin ne l’aient pas décrédibilisée, dans le contexte de l’invasion russe de l’Ukraine.

« Faire barrage à l’extrême droite »

Au-delà du score de Mme Le Pen, la poussée de l’extrême droite a conduit plusieurs eurodéputés, de divers groupes politiques, à demander aux Français de se mobiliser. « Emmanuel Macron s’est retrouvé seul face aux extrêmes et c’est aussi une conséquence de sa politique », déclare au Monde Siegfried Muresan, vice-président du groupe du Parti populaire européen, où siègent Les Républicains (LR). Mais il est catégorique : la priorité doit être de « faire barrage à l’extrême droite », puisqu’il en va du sort de la France et de l’Union européenne. « Il est inconcevable que Marine Le Pen arrive à l’Elysée », renchérit Philippe Lamberts, coprésident du groupe des Verts au Parlement européen, même s’il dénonce l’absence d’engagement de M. Macron dans la lutte contre le changement climatique.

« Le 24 avril, les Français sont confrontés à un choix fondamental : pour ou contre l’UE », a également estimé Iratxe Garcia Perez, cheffe de file des Socialistes et démocrates européens (S&D), sur Twitter. « L’UE serait une victime collatérale des élections, si Marine Le Pen venait à gagner », regrette une source européenne. Plutôt que de suivre l’exemple du Brexit, la candidate de 53 ans semble vouloir s’inspirer de celui du premier ministre hongrois, Viktor Orban, qui mène, de l’intérieur, un travail de sape de l’Union et de ses valeurs. « Il s’agit d’affaiblir l’UE, d’en faire une coalition de Vingt-Sept Etats faibles », alerte la Hongroise Katalin Cseh, vice-présidente du groupe Renew Europe, famille politique de La République en marche.

Risques de dissensions internes

« Nous avons survécu à l’élection de Donald Trump, nous avons survécu au Brexit, nous survivrions à l’élection de Le Pen aussi », tempère un diplomate. Mais ce serait un coup majeur porté à la stabilité de l’Union, alors que la France occupe, avec l’Allemagne, un rôle privilégié dans la construction européenne. « Pour l’Europe, Emmanuel Macron, c’est la continuité pro-européenne », résume Eric Maurice, de la Fondation Robert Schuman.

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